MORNING LAB â TRANSPARENCE SALARIALE
Compte rendu
La synthĂšse
En janvier 2026, Le Lab RH a prĂ©sentĂ© les 4 Challenges RH de lâannĂ©e. Ce Morning Lab ouvre la premiĂšre table ronde dĂ©diĂ©e Ă ces challenges : dĂ©zoomer pour garantir les Ă©quitĂ©s, en abordant un sujet incontournable : la transparence salariale.
Accueilli par KPMG, sponsor de lâĂ©vĂ©nement, ce Morning Lab a permis de croiser les regards dâexperts et de professionnels RH pour dĂ©crypter les enjeux trĂšs concrets de la transparence salariale.
PortĂ©e par une directive europĂ©enne en cours de transposition, la transparence salariale accĂ©lĂšre un mouvement dĂ©jĂ engagĂ© : celui dâune plus grande lisibilitĂ© des pratiques de rĂ©munĂ©ration.
Mais derriĂšre le sujet rĂ©glementaire, câest un rĂ©vĂ©lateur puissant des organisations : Ă©carts non expliquĂ©s, rĂšgles implicites, pratiques hĂ©tĂ©rogĂšnes⊠autant de failles silencieuses accumulĂ©es dans le temps.
Ce Morning Lab a permis de poser un cadre clair :
- La transparence ne crĂ©e pas lâĂ©quitĂ©, elle la met Ă lâĂ©preuve.
- Elle oblige Ă revenir aux fondamentaux RH.
- Elle peut devenir un levier de confiance, dâengagement et de transformation durable.
Les 5 idées clés à retenir
- Comprendre la directive : ce quâelle dit (et ce quâelle ne dit pas)
- Une directive qui révÚle les fragilités accumulées
- Une opportunité à saisir, pas une case à cocher
- Un retour aux fondamentaux RH
- Les managers : premiers concernés, souvent les moins préparés
1/ Comprendre la directive : ce quâelle dit (et ce quâelle ne dit pas)
La directive ne porte pas sur la publication des salaires individuels, cette confusion gĂ©nĂšre dâimportantes idĂ©es reçues, y compris chez des dirigeants. Elle porte sur la transparence des politiques de rĂ©munĂ©ration.
Ce quâelle prĂ©voit : une publication des fourchettes salariales dĂšs le recrutement, une interdiction de demander lâhistorique salarial, un droit dâaccĂšs des collaborateurs aux niveaux de rĂ©munĂ©ration moyens (ventilĂ©s par sexe) et un reporting obligatoire des Ă©carts.
NouveautĂ©s clĂ©s (introduites par projet de loi) : une catĂ©gorisation renvoyĂ©e Ă la nĂ©gociation de branche, un droit Ă lâinformation encadrĂ© sous un seuil fixĂ© par dĂ©cret et des sanctions portĂ©es sur la non-publication (et pas directement sur les Ă©carts).
Inversion de la charge de la preuve : lâemployeur devra dĂ©sormais justifier les Ă©carts, non le salariĂ© prouver la discrimination.
En France : transposition pas encore finalisée (« calendrier parlementaire embouteillé »), objectif été 2026.
đïž Â« En France, on aime croire qu’on est trĂšs en avance, mais on est 21e dans le classement europĂ©en sur l’Ă©galitĂ© salariale. Et seulement 4 % des entreprises françaises communiquent dĂ©jĂ des fourchettes salariales. Il reste encore du travail. » – SĂ©golĂšne de Foucaud
2/ Une directive qui révÚle les fragilités accumulées
La transparence salariale ne crĂ©e pas lâĂ©quitĂ©, elle expose lâabsence de cadre et rĂ©vĂšle les Ă©carts, incohĂ©rences ou injustices structurelles accumulĂ©es dans le temps.
Deux profils dâentreprises coexistent : celles qui ont un rĂ©fĂ©rentiel solide, et celles qui nâont pas encore dĂ©marrĂ©. Dans les deux cas, des enjeux bien diffĂ©rents mais aucune vraiment sereine.
Le sujet est profondĂ©ment Ă©motionnel : le salaire envoie un signal dâalignement ou de trahison des valeurs. Les Ă©motions liĂ©es Ă lâinjustice salariale sont des signaux Ă dĂ©coder, pas Ă ignorer.
Le vrai frein Ă la mise en Ćuvre nâest pas technique mais politique : la directive touche au pouvoir discrĂ©tionnaire des dirigeants. Tant quâil nây a pas de dĂ©cret, beaucoup ne bougent pas.
Ce sujet ne peut pas ĂȘtre portĂ© par la RH seule : il touche Ă la gouvernance, Ă la culture managĂ©riale et Ă la culture de lâinformation dans lâentreprise.
đïž Â« Sans cadre lisible, la transparence salariale dĂ©grade lâĂ©quitĂ© au lieu de la renforcer. Ce qui aurait pu devenir un levier dâexpĂ©rience collaborateur peut se retourner contre lâorganisation. » – SĂ©verine Loureiro
3/ Une opportunité à saisir, pas une case à cocher
Comme lâindex Ă©galitĂ© H/F il y a 7 ans (obligation lĂ©gale depuis 2019 mesurant les Ă©carts salariaux femmes-hommes), cette directive peut ĂȘtre vĂ©cue comme une contrainte ou comme une boussole. Les entreprises qui ont bien animĂ© lâindex sont aujourdâhui en position de confort.
Câest lâoccasion de revenir aux fondamentaux du contrat de travail : une rĂ©munĂ©ration pour un emploi, pas pour une personne. La confusion entre poste et individu a gĂ©nĂ©rĂ© des dĂ©sordres que la directive force Ă remettre Ă plat.
La transparence salariale repositionne la RH comme :
- Garante de lâĂ©quitĂ©
- Architecte des rĂšgles du jeu
- Partenaire stratégique de la performance durable
La transparence comme socle de confiance et la confiance comme fondation du collectif.
đïž Â« La transparence, câest la base de la confiance⊠et la confiance, câest le socle du collectif. » – StĂ©phanie Guth
4/ Un retour aux fondamentaux RH
Les processus RH impactés :
La transparence salariale impacte lâensemble des processus RH : recrutement, intĂ©gration, mobilitĂ©, performance, augmentations annuelles… Ce nâest pas quâun sujet de Comp & Ben.
Pour le recrutement : lâinterdiction de demander lâhistorique salarial recentre la discussion sur la valeur rĂ©elle du poste, pas sur le rapport de force.
Câest lâoccasion de faire converger des processus trop cloisonnĂ©s : entretiens annuels, nĂ©gociations annuelles obligatoires (NAO), entretiens de parcours professionnel doivent ĂȘtre repensĂ©s ensemble dans une cohĂ©rence globale.
Les outils Ă (re)mobiliser :
Les prérequis incontournables :
- Référentiels et classification des emplois
- Pesée des postes
- CritĂšres de performance explicites
- Grilles salariales cohérentes
- Données fiables et capacité à répondre aux collaborateurs sous 60 jours
La pesĂ©e de postes, outil tombĂ© en dĂ©suĂ©tude, retrouve toute sa pertinence : c’est la mĂ©thode qui permet de comparer des mĂ©tiers trĂšs diffĂ©rents avec des critĂšres objectivables.
La matrice de maturité KPMG permet de se positionner sur les différents volets (gouvernance, process, outils, data, compétences) et de définir la marche à franchir.
đïž Â« Dire que cette loi ne concerne que le Comp&Ben, câest comme dire que les bulletins de salaire ne concernent que la Responsable Paie. Ce nâest pas vrai. » – StĂ©phanie Guth
5/ Les managers, premiers concernés et souvent les moins préparés
Les managers seront en premiÚre ligne : ce sont eux que les collaborateurs interpelleront sur les écarts de salaire, et ils sont les seuls à pouvoir les justifier avec connaissance du terrain.
La crise managériale en toile de fond : fonction abimée, fatigante, sous-payée. Beaucoup seront tentés de renvoyer vers la RH, sans filet.
Lâaccompagnement concret des managers en trois temps : former au texte exact de la directive (pour dĂ©faire les idĂ©es reçues), rappeler les rĂšgles de rĂ©munĂ©ration en vigueur, fournir des Ă©lĂ©ments de langage pour rĂ©pondre sereinement.
Les neurosciences rappellent que plus on convoque un souvenir, plus on le déforme. Il faut remettre réguliÚrement les managers à jour sur la politique de rémunération.
FAQ pratico-pratiques, Ă©lĂ©ments de langage, sessions de rappel : autant dâoutils pour quâils puissent tenir les conversations sans panique.
Un risque sous-estimĂ© : les collaborateurs qui se forment eux-mĂȘmes via les rĂ©seaux sociaux (exemples : crĂ©ateurs de contenu juridiques sur TikTok) et arrivent avec des informations plus ou moins exactes.
đïž Â« On ne parle pas de rĂ©munĂ©ration parce quâon nâen a pas lâhabitude. Plus on va en parler, plus ce sera facile. Donnez des billes Ă vos managers. » – Sandrine Dorbes
Les 3 conseils Ă retenir
Traiter la directive comme un projet collectif
Ne pas laisser ce sujet au seul DRH ou au seul Comp&Ben : câest un sujet de gouvernance qui doit ĂȘtre portĂ© par les dirigeants.
Feuille de route, délivrables, checkpoints, communication soignée : le piloter comme une vraie conduite du changement.
DĂ©cloisonner les processus RH : faire converger les entretiens annuels, la NAO, lâacquisition de talents et les parcours professionnels dans une cohĂ©rence globale.
Ancrer les fondamentaux avant de communiquer
Commencer par réviser la classification des emplois et les pesées de postes, parfois pas mises à jour depuis 15 ans.
Construire (ou reconstruire) une politique de rémunération explicite : comment un salaire est défini, sur quels critÚres, comment il évolue.
Rendre les rĂšgles Ă©crites, accessibles et actualisĂ©es. Ce qui nâest pas Ă©crit sera interprĂ©tĂ© et dĂ©formĂ©.
Mobilité interne : assumer plutÎt que contourner
La directive oblige Ă distinguer Ă©galitĂ© de traitement et individualisation des parcours, deux notions que beaucoup d’organisations confondent encore.
L’Ă©galitĂ© de traitement ne signifie pas l’uniformitĂ© : deux personnes sur un mĂȘme poste peuvent ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©es diffĂ©remment si la mobilitĂ© a de la valeur dans l’entreprise, Ă condition de l’assumer explicitement dans la politique de rĂ©munĂ©ration.
Les rĂšgles doivent couvrir 80 % des situations standards et laisser de l’espace pour traiter les 20 % de cas particuliers en concertation.
Les Startups Ă suivre
Sélection du Lab RH parmi ses startups adhérentes qui adressent ces sujets :
- PrimUp : Automatise la gestion des primes et objectifs dâĂ©quipe. Offre aux collaborateurs une visibilitĂ© claire sur les rĂšgles de la rĂ©munĂ©ration variable.
- Reflect : Centralise les donnĂ©es RH et Finance pour faciliter la conformitĂ© autour de lâIndex Ă©galitĂ© professionnelle (Egapro) et piloter les Ă©carts salariaux.
- Bigpicturh : Unifie les analyses Finance et RH pour offrir une vision lisible de la masse salariale et des facteurs qui font varier les rémunérations.